Les financements à la création

3/ Les financements à la création

Chaque artiste ne bénéficie pas de la même position sociale selon l’existence ou non d’une reconnaissance de son travail. Xavier Greffe, professeur à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, auteur de « Artistes et marchés » en 2007 aux éditions de la Documentation Française, survole les variétés de situations des artistes en fonction de leur origine sociale, de leur sexe, de leur qualification de départ, de l’environnement du travail artistique, de la stratégie artistique, de l’attitude de l’artiste face à l’innovation, du « génie » et enfin, des conditions macro-économiques.
Ces dernières paraissent déterminantes car l’achat d’œuvres d’art sera sensible aux fluctuations de l’activité économique. « Cette influence de l’évolution économique générale est confirmée par les études qui ont analysé les évolutions respectives du marché boursier et du marché de l’art. » Xavier Greffe cite une étude réalisée en 1994 par Chanel, Gérard-Varet et Ginsburgh « Prices and Returns on Paintings and Exercise on How to Price the Priceless », pour qui le retournement du marché de l’art suit de près de six mois à un an au maximum celui du marché boursier (18). Etant donné que Saskia Olde Wolbers se définit comme une artiste d’art visuel utilisant la vidéo, nous nous sommes limités à aborder les financements relatifs à cette forme d’expression artistique.
Pour sa dernière création Yes these eyes are the windows, Saskia OW s’est rapprochée d’Artangel, l’association d’art londonienne qui commande et produit des œuvres « in situ » dans des lieux inédits à Londres et à travers le monde. En effet, en 2012, Saskia OW lisait dans le journal qu’une maison où avait vécu Van Gogh alors qu’il était âgé de 19 ans en 1873, avait été acheté aux enchères par un homme d’affaires chinois, Mr Wang. Artangel a contacté
Mr Wang et Alice Childs, les nouveaux propriétaires qui ont généreusement prêté les clefs de la demeure durant deux ans leur permettant ainsi de réaliser leur travail en grandeur nature.
Du 3 mai au 22 juin 2014, une expérience audio immersive et fragmentaire à travers les différents étages de la maison laissée telle qu’elle a été trouvée par Saskia OW et Artangel, telle une sorte de plateau de cinéma délabré. Cette installation audio, fruit d’une collaboration avec Lu Kemp, le designer sonore Elana Pena et le concepteur d’éclairage Cis O’Bole, a guidé les visiteurs à travers la maison. Le public y suivait le récit que l’artiste avait créé. La même bande sonore a été utilisée ultérieurement dans la création filmée à partir de la maquette de la maison.
Artangel est une association qui existe depuis plus de trente ans et elle est sous la direction de James Lingwood et Michael Morris depuis 1991. Cet organisme de bienfaisance est financé par des trusts ou groupements d’entreprises contrôlés par une société mère, des fondations, le Conseil des arts de l’Angleterre (The British Arts Council) et des mécènes.
Artangel, par sa communication autour de cette expérience, a ainsi permis à Saskia OW d’être contactée par la fondation Van Gogh située à Arles en France afin de venir présenter sa création en février 2016 (19).

Cette association diffère de la plateforme française de mécénat pour un financement participatif de l’art et du patrimoine portant le nom d’Art Angel qui est une plateforme d’échanges et de mise en relation. Art Angel anime une communauté de passionnés d’Art et de Patrimoine et son site est un lieu de rencontre entre les donateurs et les projets à financer contribuant ainsi à la diffusion de la Culture et à la transmission du Patrimoine.

3.1 Les financements en GB

Le mécénat est un acte philanthropique qui se traduit par le versement d’un don à une œuvre ou à un organisme, pour une ou des actions d’intérêt général au départ. Il est un vecteur de communication institutionnelle à échelle internationale, nationale, régionale, et locale. C’est, plus précisément un geste dont la motivation sera dénuée d’une quête de profit. Il peut également exister sous la forme d’une aide logistique ou humaine pour une cause. Il représente aussi en France depuis la loi du 1er août 2003, la possibilité pour une entreprise ou un particulier, d’obtenir une réduction d’impôt. Cette aide doit cependant avoir une gestion désintéressée c’est-à-dire que les fondateurs, dirigeants ou membres ne peuvent pas percevoir de rémunération.
Introduit dans les années 90 au Royaume-Uni, le « gift-aid » permet également une réduction d’impôt pour le particulier à hauteur de 18% et ne comporte aucun plafond. Il représente de même une exonération de l’impôt sur les plus-values pour les dons d’actif. En ce qui concerne le mécénat d’entreprise, les dons aux fondations sont déduits du résultat imposable. Le système fiscal anglais se rapproche néanmoins du modèle américain où les entreprises pratiquent davantage le parrainage avec une attente de retour sur investissement. Pour son œuvre Pareiodolia, Saskia OW a reçu une subvention de The Elephant Trust. The Elephant Trust a été créée en 1975 par Roland Penrose et Lee Miller en vue de développer et d’améliorer la connaissance, la compréhension et l’appréciation des arts plastiques au Royaume-Uni.
Dans un article du journal The Guardian du 2 novembre 2015, la journaliste Clare Brennan dénonce une certaine hypocrisie du gouvernement. Une semaine après que Penny Holbrook du conseil municipal de Birmingham ait déclaré à la presse que les arts sont essentiels à l’économie locale mais aussi pour l’âme, le budget alloué aux arts avait encore été réduit de 25% après une réduction de 17% en 2010 puis 20% en 2013. Ce conseil municipal compte réduire d’un million et demi de livres le budget à la culture d’ici 2020. Et ce n’est pas le seul (20).

Il existe des organismes offrant des informations sur les financements tels que le UK Fund Council qui a cessé son activité en 2012 pour être remplacé par le British Film Institute. En association avec la production de BBC Films, The Film Network propose également un guide qui apporte une multitude d’informations y compris juridiques, sur la formation, le droit ainsi que sur les recherches de financements aux réalisateurs de court-métrages et de films.
Les fondations sont les structures de gestion du mécénat comme Artscouncil. Ce dernier apporte un financement exclusivement à des lieux d’exposition pour soutenir la production, l’exposition et la promotion de l’art contemporain. L’organisme finance aussi des organisations telles que l’association Artangel et la Biennale de Liverpool qui soutiennent les artistes et rendent accessible l’art visuel de la plus haute qualité sur le lieu de vie de tous. Il soutient les artistes visuels en augmentant l’accès à un niveau de qualité, à des espaces et des installations abordables, en apportant un soutien professionnel et des conseils à tout stade de carrière.

Lire L’artiste individuel, les TIC et la projection internationale

 

La projection internationale grâce aux réseaux sociaux

2.4 La projection internationale grâce aux réseaux sociaux

L’idée de projection internationale montre d’une part comment un artiste d’un pays peut se faire connaître à l’extérieur de ses frontières et d’autre part, comment un pays peut introduire sa culture dans un autre à travers l’influence des instituts, des centres culturels et des grandes entreprises ou encore des organisations culturelles internationales.
Pour exemple, nous citerons la fondation japonaise (The Japan Foundation) offrant son soutien financier aux galeries et artistes qui font la promotion de l’art japonais en Grande-Bretagne. En ce qui concerne les arts visuels, le financement est conçu pour apporter une aide financière aux organisateurs d’expositions (musées, galeries et autres organisations) ou à la présentation de l’art et de la culture du Japon au Royaume-Uni. Cette allocation peut être utilisée dans le cadre des frais liés à l’emballage et le transport des œuvres hors frais d’assurance, le billet d’avion et l’hébergement des artistes ou des spécialistes japonais invités (excepté pour un objectif de recherche et de développement préliminaires) et également pour la production d’un catalogue d’exposition.
La fondation japonaise soutient les programmes locaux dans le cadre de projets d’éducation comme des séminaires, des ateliers et des conférences. Le financement est limité au montant de 1500 livres disponibles toute l’année (16).
L’œuvre de Saskia OW a un rayonnement international. Sa dernière création Yes, These eyes are the windows, en plus d’être exposée dans divers lieux culturels à Londres, doit être présentée aux Pays-Bas, en Belgique, aux Etats-Unis, en Irlande,  en Allemagne et en France. Ses œuvres précédentes ont également été exposées au Japon, au Canada et à Singapour.

Vincent Ricordeau, le co-fondateur du site internet KissKissBankBank, plateforme de crowdfunding révèle dans un article du magazine « Les Echos », l’incroyable impact que peuvent avoir les réseaux sociaux :
« Les réseaux sociaux nous ont permis de partager des choses gratuitement, de les échanger, de les donner »… « On perçoit ici l’un des principaux atouts d’Internet qui créé des facilités de connexion avec des impacts dans la vraie vie. Des gens que l’on connaît, que l’on rencontre, des gens à qui l’on a fait part de son projet, des gens qui vous renvoient une image très positive, vous donnent confiance en vous et une forte dose d’optimisme. Et cela explose car quand on propose à l’humanité de partager de l’optimisme et de la confiance en soi, elle le fait… L’humanité n’est pas plus cupide que généreuse.» « Internet permet juste d’ouvrir le monde du mécénat à tout un chacun. Aujourd’hui on peut devenir micro-mécène pour un euro… C’est la magie du web.» (17) Internet offre donc une ouverture sur le monde et représente un formidable outil accélérant les échanges. Malgré une barrière liée à la langue, on peut à l’aide d’outils de traduction proposés par certains sites et moteurs de recherche étendre ses recherches d’information à travers le monde entier.

Lire L’artiste individuel, les TIC et la projection internationale

 

Saskia Olde Wolbers, les TIC et la projection internationale

Quelle forme d’art ?

L’art visuel utilise plusieurs modes d’expression, il correspond à toutes les perceptions que peut avoir l’œil. Il englobe les arts plastiques traditionnels auxquels s’ajoutent les techniques nouvelles : la photographie, le cinéma, l’art vidéo et l’art numérique, mais aussi les arts appliqués, les arts décoratifs (art textile, design, marqueterie…) et l’architecture.
A propos de son œuvre Yes, these eyes are the windows, dans un clip promotionnel réalisé par Artangel, Saskia OW livre une réflexion intéressante : « La technologie est utilisée dans l’installation mais on ne peut la voir, elle agit comme une métaphore de la mémoire ». Cet endroit délabré, longtemps à l’abandon, a été ré-habité grâce à son inscription au titre de monument historique. Le film créé à partir de la maquette de ce lieu fantomatique est un patrimoine faisant partie d’une mémoire collective. C’est d’ailleurs ainsi que la France considère l’audiovisuel (1).

En quoi utilise-t-elle les TIC ?

Le film utilisé par Saskia Olde Wolbers fait appel à une technologie. Même si la vidéo est au départ analogique, elle est retravaillée à partir de logiciels numériques avant d’être diffusée.
Le mot « vidéo » vient du latin « video » qui signifie : « je vois ». Selon l’encyclopédie Larousse, la vidéo est l’ensemble des techniques relatives à la formation, l’enregistrement, le traitement ou la transmission d’images ou de signaux de type télévision. Son invention date du 22 mars 1895, date à laquelle les frères Louis et Auguste Lumière ont déposé le brevet du cinématographe. Ils font la démonstration de leur invention devant une assemblée de scientifiques en organisant une projection « corporative » dans les locaux de la Société d’encouragement à l’industrie nationale, rue de Rennes à Paris. Le film présenté se déroule à Lyon et s’intitule La sortie des usines Lumière. Il constitue le premier film de l’histoire du cinéma.
Le son et l’image existaient donc bien avant 1914 mais « le premier conflit mondial et la démocratisation de techniques encore confidentielles avant lui ont fait basculer le XXème siècle dans le monde audiovisuel, celui de l’image, puis de l’image animée, puis de l’image et du son conjugués. » (2)
Le film est désormais attaché à la technologie. Guy Deniélou, fondateur de l’Université de Technologie de Compiègne, propose de définir la technologie comme  » le nom que prend la science quand elle a pour objet les produits et les procédés de l’industrie humaine « . Le mot technologie renvoie à la notion d’artefact (techne en grec) et à celle de sciences (logos).

Lire L’artiste individuel, les TIC et la projection internationale

 

 

Saskia Olde Wolbers-L’artiste individuel, les TIC et la projection internationale

1/ L’artiste

1.1 Etude de cas : l’artiste Saskia Olde Wolbers

En quoi est-elle une artiste internationale ?

Saskia Olde Wolbers est une artiste hollandaise qui s’est établie à Londres avant le début de sa carrière. Elle est née aux Pays-Bas en 1971 et est venue s’installer avec ses parents à Londres alors qu’elle avait 17 ans. Elle a commencé avec le dessin et a ensuite fréquenté the Chelsea College où elle a étudié la photographie, la sculpture, la peinture, l’écriture. Elle a commencé à utiliser la vidéo à partir du milieu des années 1990. Saskia Olde Wolbers a exposé dans de nombreux musées, galeries et espaces publics tant au Royaume-Uni qu’à l’étranger.

Son œuvre

Saskia Olde Wolbers a reçu de multiples prix tout au long de sa carrière, dont le London Artists’ Film and Video Award en 2007, le prix Beck’s Futures en 2004, le Baloise Art Prize en 2003, le prix Charlotte Köhler en 2002, le Prix de Rome (film/vidéo) en 2001. Son travail est présent dans de nombreuses collections publiques et privées, comme au Stedelijk Museum à Amsterdam, au Hirshhorn Museum à Washington, dans la Goetz Collection à Munich, à la South London Gallery et au Museum of New and Old Art en Tasmanie.
La vidéo représente pour Saskia OW la possibilité de réunir plusieurs modes d’expression.
Ses courtes vidéos narratives mêlent des scénarios fictionnels soigneusement élaborés et des visuels évocateurs d’environnements surnaturels. Rappelant l’imagerie numérique, ses visuels aqueux sont entièrement analogiques, tournés en temps réel dans des décors en maquette puis retravaillés avec des effets sur ordinateur. Objets squelettiques, architectures et formes vivantes se voient conférer une « peau » une fois trempés dans la peinture et plongés sous l’eau. Les matériaux se trouvent animés par cette confrontation imprévisible de l’huile et de l’eau et deviennent alors matière dégoulinante, suintante et ondulante, oscillant entre figuration et abstraction. Ces enregistrements de procédés sculpturaux et chimiques subvertissent la dimension de vérité qu’implique le fait de filmer la réalité. Des narrateurs hors-champ abordent la fluidité des faits à travers des biographies faisant résonner les notions de traduction et de vraisemblance. Ses vidéos intègrent des bandes sonores composées par Daniel Pemberton, célèbre pour la création d’un hybride ingénieux de médiums musicaux – de l’électronique à l’orchestre – dans tout son travail cinématographique et télévisuel.
« Dans Yes, These Eyes are the Windows, je présente la maison comme une narratrice invisible, déroulant un récit fictionnel, qui raconte la mythification de Van Gogh et l’incroyable emprise de sa présence fantomatique sur son destin et celui de ses propriétaires. Van Gogh est un artiste très connu, non seulement pour son œuvre, mais aussi du fait de son parcours de vie peu commun, qui vient singulièrement renforcer le cliché ultime de l’artiste en flâneur romantique et génie torturé. Il possède un incroyable pouvoir d’attraction sur les gens et je trouve que la maison en vient elle aussi à attirer énigmatiquement les gens à elle. »

Lire L’artiste individuel, les TIC et la projection internationale

 

L’artiste individuel, les TIC et la projection internationale

TIC et Relations culturelles internationales

 

INSTITUT NATIONAL UNIVERSITAIRE
JEAN-FRANCOIS CHAMPOLLION
Place de Verdun – 81 012 Albi cedex

 

L’artiste individuel, les TIC et
la projection internationale

 

HUGONIN Sandra FOAD Master 1 Mention Etudes européennes et internationales Spécialité Stratégies culturelles internationales

2015 / 2016

INTRODUCTION

L’idée d’universalité est inhérente à l’utilisation d’internet. La définition World Wide Web de l’internet s’inscrit par essence dans un esprit où chacun est connecté au monde entier.
Ce dernier semble plus petit que jamais et les possibilités semblent immenses. Le web a déferlé sur le monde ouvrant des perspectives de communication, de commerce, voire de modes de vie aussi nouveaux que multiples. Le volume d’information et sa rapidité de diffusion ont dérouté le fonctionnement traditionnel de nos sociétés et de ses institutions. La législation n’a effectivement pas évolué à la même vitesse. Ces nouvelles technologies à travers les réseaux sociaux ont amené à repenser l’information aussi bien dans son contenu que dans sa diffusion.
Les TIC sont des outils à large spectre qui accélèrent la prise de contact des artistes avec leur public et ont une influence suffisante pour supprimer les intermédiaires. La rapidité de l’avènement des TIC ces dernières décennies a complètement modifié la façon d’appréhender le travail de l’artiste. Celui-ci a dû s’approprier de nouveaux outils de communication. Ces nouvelles technologies obligent néanmoins l’artiste à développer de nouvelles compétences en plus de sa discipline artistique principale et l’amènent à effectuer des veilles permanentes pour se tenir informé de l’actualité artistique ainsi que de toute opportunité de financement, de concours, de lieu de travail ou d’exposition.
Les TIC augmentent la concurrence à travers la visibilité accrue de chaque artiste, enrichissent l’offre et élargissent la possibilité d’accès à l’art par tout un chacun. A travers l’étude du cas spécifique de Saskia Olde Wolbers, artiste visuelle d’origine hollandaise et résidant à Londres, nous tenterons de démontrer comment les technologies d’information et de communication peuvent être utilisées dans l’environnement de l’artiste visuel. Dans le processus de création contemporaine, nous verrons comment l’artiste se les approprie. Internet a amené peu à peu de nouvelles pratiques de création, de promotion, de consommation mais aussi de financement à échelle internationale. Nous aborderons comment les TIC permettent une plus grande visibilité de l’artiste notamment sur le plan international, mais aussi comment les TIC peuvent être un outil de recherche de financement à l’international. Enfin, nous nous intéresserons à la manière dont les TIC modifient l’industrie culturelle.

Lire L’artiste individuel, les TIC et la projection internationale