Le LEAN

Aucun rapport avec la technique de management mais une boisson dont la promotion est faite par des artistes de hip hop noirs américains. Will-Lean, avec son album The Chemist, fait l’apologie d’un opiacé présent dans les sirops à la codéine vendus aux USA et délivrés sur ordonnance en France. Déjà quelques morts d’overdose puisque cette superbe boisson colorée n’est autre chose qu’une drogue similaire à l’héroïne qui, en un temps record, rend dépendant avec des incidences sur le cerveau et les reins. Une alerte pour les parents d’adolescents…

Un autre aspect écœurant des dérives du libéralisme, triste décadence et insensibilité à la misère de certains…

Traduction de l’article de TIMOTHY BELLA

du 9 mars 2017 pour BLOOMBERG BUSINESSWEEK

Les icônes les moins aimées du hip hop :

Les fabricants du sirop à la codéine prométhazine.

Les entreprises qui alimentent les émotions fortes du « purple drank »

Dans le studio d’enregistrement de Screwed Up rcds & Tapes, William allume un « black and mild » et prend un instant pour évaluer depuis combien de temps il sirote cette boisson. A côté de Gibbs – Gibbs un grand verre en polystyrène blanc –connu sous le nom de Will-Lean – un membre du collectif légendaire hip hop de Houston, Screwed up Click. La concoction qui s’y trouve est un mélange de Faygo Redpop, un soda aromatisé à la fraise et du sirop pour la toux au prométhazine et à la codéine, une prescription contre la douleur atténuant la toux qui est l’ingrédient essentiel d’un grand nombre de cocktails similaires appélés « drank », « purple », « lean » et « sizzurp » parmi d’autres appellations.

Gibbs décide qu’il a commencé à consommer cette boisson dans les années 90. « Je crois que je vais m’inscrire en cure de désintoxication ou quelque chose du genre » dit-il comme s’il réfléchissait à son histoire. « Je ne plane pas. J’en bois juste pour le goût. Je le trouve hyper bon… Cette merde ne me fait plus rien mais je continue à le faire » Il a bien avancé grâce à son Redpop, et sa vibe détendue le reflète – les effets incluent la paralysie, la léthargie et l’euphorie.

« Si tu prends du Actavis ou du Hi-Tech, ce sont les Michael Jordan du drank »

Sur le parking en face, sur la rue West Fuqua, dans le quartier de South Park à Houston, quelqu’un fait griller des cuisses de poulet, des saucisses et des côtelettes au barbecue. Ce n’est pas comme tous les mercredis après-midi au South side : C’est le 16ème anniversaire de la mort de Robert Earl Davis Jr., plus connu sous le nom de Dj Screw, celui qui a rendu célèbre le chopped and screwed , cette technique qui a contribué à placer Houston sur le devant de la scène hip hop. Davis ralentissait le tempo d’un titre comme si la musique était  jouée au ralenti, en y intégrant de nouveaux rythmes et des scratches. Il est mort en novembre 2000 d’une « overdose de codéine avec une intoxication à un mélange de drogues » selon le rapport d’autopsie, pionnier d’un style, synonyme d’une démarche nonchalante propre aux villes du Sud. Pour beaucoup, la musique parlait de la vie quotidienne mais pour certains impliquait aussi de boire du « drank ». Des artistes tels que Lil Wayne ou Justin Bieber ont célébré depuis ses montées, répandant sa popularité et faisant la promotion de sa consommation récréative.

La visibilité persistante du sirop à la codéine prométhazine a également permis aux groupes pharmaceutiques d’en vendre à certaines communautés (dans la langue vernaculaire). Consommateurs et dealers ne semblent pas se douter que ces entreprises ne datent pas d’hier mais tous ont une opinion sur la marque qui fournit le sirop le plus sucré. « A présent, ces connards boivent n’importe quoi. Ils en ont des verts, des rouges, des jaunes » dit Gibbs, « mais la plupart  boivent le Hi-Tech Rouge, le Wockhardt vert, et Qualitest. C’est le genre de produits que vous trouvez en ce moment. »

Des consommateurs, vendeurs et experts interviewés pour cet article disent que les bouteilles de sirop contre la toux à la codéine prométhazine produites par Hi-Tech Pharmaceuticals Inc. et Wockhardt Ltd. subsidiairement par Morton Grove Pharmaceuticals Inc. sont vendues dans les rues de Houston de 750 à 1000$ la chope. Si vous grattez encore un peu, il y a le sirop d’Actavis (maintenant Allergan Plc), roi sur le marché jusqu’à ce que l’entreprise cesse la vente du produit en 2014. Ronald Peters, professeur à la retraite de sciences comportementales du département de Science et Santé de l’Université du Texas à Houston déclare qu’il y a à peu près 9 mois, les chopes de sirop Actavis pouvaient atteindre 2500 à 3000$. « C’est le caviar des médicaments » dit Peters qui a fait des recherches sur l’influence culturelle du sirop contre la toux depuis le milieu des années 90.

« Si tu as de l’Actavis ou du Hi-Tech, ce sont les Michael Jordan du « drank » à siroter. » dit un consommateur qui se donne pour nom Scooby. Le goût est distinctif, il ajoute : « Le sirop aurait pu s’appeler la bouteille de potion magique et j’aurais su quel groupe pharmaceutique se ferait de l’argent ». Scooby qui dit être âgé de 33 ans  et sans emploi, a commencé à prendre du « drank » depuis ses 15 ans et continue à en prendre occasionnellement. « Il va de soi dans nos esprits que nous allions prendre du « drank » dit-il. Il se souvient de ses amis et voisins assis autour d’une piscine municipale avec un gobelet de polystyrène à la main.

Crédit photo : Todd Spoth pour Bloomberg Businessweek

En 2016, le sirop à la codéine prométhazine a été prescrit 4 millions de fois aux Etats-Unis, selon les données de Blomberg et a rapporté 15 millions de dollars de vente, un léger déclin par rapport à la période où Actavis était sur le marché. Ces aspects sont minimes comparés à l’influence culturelle du sirop mais suffisamment pour gagner le marché illégal et rester dans le champ visuel du public. L’année dernière, selon le journal d’Atlanta Constitution, des enquêteurs en Géorgie ont trouvé que des techniciens de l’Hôpital universitaire Emory de la banlieue d’Atlanta ont détourné plus de 230 litres de codéine prométhazine de 2008 à 2013, entrainant une amende de 200 000$ (l’hôpital a déclaré au journal qu’il dispose de systèmes préventifs pour ce type de vol qui ont été renforcés depuis ces révélations).

On ne peut évaluer l’importance de ce marché noir, ni combien des 2,1 millions d’américains estimés dépendants des prescriptions d’opiacé abusent de la codéine prométhazine. L’importance de l’addiction et les statistiques d’overdoses varient d’un état à l’autre et la mesure des abus de codéine n’ont pas eu la priorité sur la surveillance des opiacés tels que l’oxycodone, l’hydrocodone, la methadone, et le fentanyl dont la consommation a explosé ces dernières années. Mais en 2011 où les données les plus récentes sont disponibles, la codéine sous toutes ses formes fût la cause d’interventions d’urgence à domicile de 11000 foyers américains selon le département de santé et de services à la personne. En 2013, une étude auprès de plus de 2300 lycéens dans les quartiers sud dénombre qu’au moins 6,5% ont consommé du drank. La même année, l’institut national de lutte contre la drogue du gouvernement américain annonçait que le sirop contre la toux à la codéine prométhazine connaissait « une popularité grandissante auprès de la jeunesse dans plusieurs parties du pays ».

Depuis les deux dernières décennies où la codéine prométhazine fût pour la première fois reportée comme une substance utilisée avec excès entrainant une toxicomanie, les groupes pharmaceutiques le reconnaissent rarement et sont seuls à prendre des mesures pour combattre le marché illégal. Au contraire, les entreprises les plus visées dans l’épidémie grandissante d’opiacés ont occasionnellement été appelées à se positionner sur leur pratiques et s’en sont défendues publiquement. Par exemple, le concepteur d’OxyContin, Purdue Pharma LP plaidait coupable en 2007 sur l’accusation de tromperie de la part des organismes de réglementation, des médecins et des publics à propos du risque d’addiction à ses produits ; Purdue affirme avoir modifié la composition du médicament afin de lui apporter des « propriétés anti-abus » et a financé un programme pour prévenir les cambriolages des pharmacies. Malgré le côté tendance du Drank dans la culture pop, les entreprises du sirop se sont déjà largement chargées d’écarter de telle controverse, laissant les experts et consommateurs spéculer s’ils considèrent le marché illicite comme un problème ou une opportunité. « Il n’y a aucune différence entre ce qui se passe avec ces entreprises pharmaceutiques et ce qui se passe avec Mc Donald’s, » dit Gibbs.

Le sirop à la codéine prométhazine a commencé son ascension depuis 1952 lorsqu’une entreprise du nom d’Ani Pharmaceutiques a demandé une autorisation auprès de l’organe de certification des aliments et des médicaments pour ce qui était connu à l’origine comme « l’expectorant Phenergan à la codéine ».

La formule associait la prométhazine, un antihistaminique développé en France dans les années 1940 à un antidouleur qui était utilisé depuis plus d’un siècle. Après une étape sinueuse régulatrice, la codéine fut déclarée sans danger d’utilisation et fiable par la FDA en 1984.

Dr. David Corry, chef du service immunologie, allergie et rhumatologie au collège de médecine Bayler de Houston explique qu’il s’agit de bloquer, à l’aide de la prise d’un médicament, la majorité des symptômes de l’allergie. « La codéine calme la toux ; la prométhazine, tout le reste. » Le problème avec cette combinaison, ajoute-t-il, est l’importance des effets secondaires qui inclut « une altération de l’état mental ».


Drankographie

“You can find me on them Screw CDs talkin’ about / ‘Purple Stuff’ Purple stuff! (Purrrr-pullll) Purple stuff”

Purple Stuff
—Big Moe (of Screwed Up Click)

“Mama leave ’em with a trace of Mo-E / And promethazine and yeah the codeine friend”

Me and My Drank
—Lil Wayne

“Forty dollars for just one ounce ounce, plus / Tussionex is how it’s pronounced”

Sippin’ On Some Syrup
—Three 6 Mafia

“Two cups of the muddy, I swerve on ’em / Actavis, Actavis wait on it / Actavis, Actavis wait on it”

I Don’t Play About My Paper
—DJ Khaled

“Dibble dabble with the lean / Hi-Tech with the cream soda / As I whipped the yola / Lambo red, Coca Cola”

Yamborghini High
—A$AP Mob

“You know, I’m on one / Two white cups and I got that drink, it could be purple, it could be pink”

Trust Issues
—Justin Bieber, covering Drake


Le Drank existe depuis presqu’aussi longtemps que la codéine prométhazine. Dans les années 60, selon Lance Scott Walker, auteur de deux livres sur la culture hip hop de Houston, les musiciens de blues en ville ont commencé à expérimenter une mixture de sirop à la codéine mélangé à de la bière. Après que la FDA ait publié les effets de la prométhazine avec la codéine, les consommateurs ont pu avoir le choix. Actavis fut la première entreprise à mettre en vente sa formule sur le marché en le labellisant Prometh avec le sirop contre la toux à la codéine. Wockhardt a suivi peu de temps après avec le Promethazine Hydrochloride et le Phosphate de codéine.

En 2003, 7 entreprises pharmaceutiques au total – Actavis et Wockhardt, plus Pharmaceutical Associés (à présent Defunct), Hi-Tech (appartient maintenant à Akorn Pharmaceuticals), les Laboratoires Nostrum, Tris Pharma, et Amneal Pharmaceuticals – ont reçu l’autorisation pour au total 27 différents produits à base de codéine prométhazine selon le rapport de la FDA. La première entreprise à le commercialiser fut également la première à reconnaitre publiquement que certains utilisaient leurs produits de manière récréative. Pendant longtemps, la formule de Prometh à la codéine d’Actavis à l’étiquette orange et blanche est restée identique et le liquide est devenu le standard pourpre des rues. Ou plutôt le standard rose que l’artiste de hip hop 2Chainz a fait remarquer dans une interview de 2016 avec WorldstarHipHop, comme virant au rose lorsque celui-ci était mélangé.

Alors qu’Actavis gagnait en popularité, des artistes à la popularité variée l’ont mentionné ou ont été associés à lui et plus fondamentalement selon 2Chainz, la super star canadienne, Justin Bieber. Au début de 2014, TMZ a publié de multiples rapports de source anonyme sur les abus de Bieber avec le Drank dont l’un dénonce qu’il est un « fan du sirop à la codéine Prometh d’Actavis ». (Bieber n’a jamais réagi à ses allégations alors que TMZ rapportait ultérieurement que ses proches auraient dit qu’il avait cessé d’en consommer. Un représentant de Bieber n’a pas répondu à leur demande de réaction.)

Au printemps dernier, Actavis a retiré ses produits du marché. Un représentant officiel de l’entreprise a déclaré à TMZ : « Actavis a pris la décision imprévue et audacieuse de cesser toute production et toute vente de son produit Prométhazine Codéine » ajoutant que l’attention avait « présenté sous des couleurs séduisantes l’utilisation dangereuse et interdite du produit qui est contraire à son utilisation recommandée. » A la demande de commentaires supplémentaires, un cadre d’Allergan ayant dirigé Bloomberg Businessweek à Teva Pharmaceutical Industries Ltd., a poursuivi l’activité de production de génériques d’Allergan en août dernier.  Un représentant de Teva déclare que l’entreprise « ne pouvait faire de commentaires sur l’historique des produits en relation avec la décision d’évolution des produits Actavis. »

« A mon avis, des personnes éthiques savaient qu’elles faisaient beaucoup d’argent avec le sirop »

En août 2015, Wockhardt fût la deuxième entreprise à reconnaître publiquement l’utilisation récréative du sirop à la codéine prométhazine. Suite à une controverse liée au lancement d’un nouveau sirop par sa filiale Morton Grove. Trois jours plus tard, le Chicago Tribune publiait un article apprenant comment la banlieue de Morton Grove, où la filiale est basée, est devenue synonyme sur les réseaux sociaux de drank pourpre. Wockhardt aurait déclaré dans une publication ce qu’il a appelé « la pratique inquiétante » d’utilisation non approuvée de son sirop. Pendant que certains tentent de le présenter sous des couleurs attrayantes, l’entreprise déclare que « l’abus de prescription de médicament est un problème de santé publique. Nous continuerons à travailler au renforcement de la législation autour de l’utilisation frauduleuse des prescriptions de médicament contre la toux. »

Le fait de connaître l’utilisation récréative est une chose mais il est à noter que Wockhardt qui n’a jamais répondu aux multiples demandes de commentaires, n’a jamais pris aucune mesure publique en prévention de cet abus. Sans Actavis dans la course, les utilisateurs et experts interviewés pour cet article disent que Morton Grove et Hi-Tech gagnent à se partager le marché.

Peters, en se basant sur ses recherches avec les utilisateurs, dealers et pharmaciens, dit que la prométhazine HCI de Hi-Tech et le sirop CV au phosphate de codéine représentait la vente la plus importante de produit à la codéine prométhazine dans les rues de Houston en 2015. La même année, Akorn, la société parente de Hi-Tech, un fabricant de génériques basé dans l’Illinois, ont introduit une seconde formule de codéine prométhazine au nom indigeste de sirop CV au phosphate de codéine, hydrochloride prométhazine et hydrochloride phnylephrine.

Akorn n’a pas encore informé publiquement de l’utilisation des sirops contre la toux à la codéine prométhazine. Cependant Peters déclare que la société a reconnu tacitement son prix sur le marché noir l’année dernière en modifiant son emballage d’une bouteille en plastique à celui d’une bouteille en verre pour donner un meilleur goût au sirop. (Akorn n’a pas répondu aux demandes d’assertion). Il ajoute que la valeur en marché noir du Hi-Tech a légèrement baissé depuis le changement des bouteilles mais « il est toujours demandé et l’une des meilleures ventes sur le marché noir ».

Peters a développé son expertise depuis les années 90 alors qu’il était doctorant en recherche et développement sur la promotion de la santé lors de ses recherches sur le drank et la culture hip-hop. Il alla de lycée en lycée prenant les témoignages des enfants partageant leur bouteille de Sprite remplies de drank pour s’évanouir parfois en classe. Ceci l’a mené à enquêter sur les sociétés qui produisaient et commercialisaient le sirop. Il a identifié un modèle de succès financier se déplaçant d’une société à l’autre alors que les marques changeaient de main et que l’attention du public sur le drank augmentait. Actavis, dit-il, « a passé le flambeau à la prochaine société ». Il pense qu’avec le stade de changement d’emballage, Akorn a probablement montré sa réelle préoccupation au sujet du marché récréatif. « A mon avis, des personnes éthiques savaient qu’elles faisaient beaucoup d’argent avec le sirop » dit Peters. David Ferguson, professeur de chimie médicinale à l’université du Minnesota qui étudie la pharmacologie des drogues largement utilisées a un regard plus sceptique. « Si les gens croient que ces entreprises se battent pour enlever ou mettre fin au trafic illégal sur leurs produits, je pense qu’ils sont naïfs car ce sont des marchés très importants. »

Les appels et courriels envoyés aux fabricants de sirop de codéine prométhazine ajoutés à ceux envoyés à Akorn et Wockhardt sont restés sans réponse. Excepté avec Endo, la société mère de Par Pharmaceutique, qui vend de la codéine prométhazine Qualitest, un autre sirop populaire. « La sécurité du patient est notre priorité principale et nous nous engageons à fournir aux patients des produits qui sont sûrs et approuvés » a écrit Heather Zoumas Lubeski, un directeur des affaires générales. «  Alors que ce ne sont pas les produits phares de nos sociétés, la prométhazine avec la codéine restent un traitement viable selon les médecins et les patients quand ces produits sont utilisés en respectant leur prescription ».

Dr Corry de l’école de médecine Baylor, remet en cause l’utilisation de la codéine prométhazine comme une option. « Il existe aujourd’hui des options plus efficaces qui ont grandement réduit les effets secondaires. Normalement, la dernière utilisation de la codéine prométhazine sera récréative. Il n’y a vraiment aucune utilisation médicale pour cette sorte de combinaison.» Il ajoute : « Je serais en faveur que la FDA l’interdise. »

La FDA a réévalué la codéine depuis 2013 – demandant, par exemple, que des avertissements soient ajoutés sur les étiquettes pour mettre en évidence le risque pour les enfants- mais elle doit encore aborder publiquement les dangers liés à l’utilisation récréative des sirops à la codéine prométhazine. Sarah Peddicord, attachée de presse pour l’agence, écrit dans un email : « Les actions de la FDA dans son domaine reposent sur les dernières données de sécurité disponibles. L’agence est actuellement en train d’évaluer toute les informations disponibles pour déterminer si une communication additionnelle et / ou une action régulatrice est nécessaire. »

D’un autre côté, la codéine prométhazine a été éclipsée par d’autres prescriptions d’opiacés. Doug Coleman, agent spécial en charge de l’agence Drug Enforcement en Arizona, a travaillé sur des cas relatés de codéine prométhazine majoritairement dans les quartiers noirs à travers les Etats-Unis vers l’année 2003 en pistant la fabrication et les prescriptions de ce sirop. La DEA se concentre à enquêter sur l’implication d’organisations à plus grande échelle ou encore des « docteurs sales ».

« Si cela atteint le niveau de la rue, où quelqu’un apporte une paire de bouteilles de ce produit et les distribue aux niveaux inférieurs alors nous n’y arrivons pas » dit-il.

Durant l’été 1992, DJ Lil Randy était à l’arrière d’une voiture  d’un ami à Houston lorsqu’on lui tendit une bouteille de vin de la Ferme Boone. A l’intérieur, il y avait du sirop contre la toux à la codéine prométhazine. Il a adoré le goût qu’il compare à un punch aux fruits. « Nous n’étions pas vraiment conscients du côté drogue au début » dit-il. Il s’arrête, baissant la tête un moment avant de continuer. « Si j’avais su alors ce que je sais maintenant, je ne crois pas que j’en aurais parlé sur une mixtape » me dit-il.

« Boire du sirop » dit-il, « est passé d’une manie à une population puis à une communauté. »

Il en est advenu qu’il n’était plus possible d’écouter un titre d’un artiste de hip hop d’Houston, Dj Lil Randy inclus, sur une mixtape ou sur 97.9 The box, la première radio hip hop de la ville, sans entendre au moins une référence au sirop. Comme la popularité de Screwed Up Click était en pleine ascension à la fin des années 90, la dépendance de Randy s’est changée en addiction. Il a été en prison pour possession de codéine en 2000 quand son meilleur ami et co-pionnier, Dj Screw mourut. Quand Randy fût relâché après 3 ans de détention, il a dégrisé et a commencé à connaitre les effets de l’abus du drank sur le cerveau et les reins. « Aussi longtemps que la codéine prométhazine sera dans le hip hop, dans les communautés les plus appauvries et les moins fortunées, le problème ne sera pas abordé par ces entreprises. » dit-il.

Scooby, l’utilisateur sans emploi, dit qu’après avoir dépensé une fortune au fil des années, il s’est sevré au point de n’en boire que très rarement. Il exprime son scepticisme vis-à-vis des entreprises mais il dit espérer qu’elles reconnaissent publiquement les effets du médicament : « Les gens doivent les balancer pour dénoncer que ce qui se passe ici. Je ne pense pas qu’ils veuillent entendre des gens comme moi. »

A l’extérieur de Screwed Up Records, des personnes sortent d’une voiture pour prendre des photos de la fresque de Dj Screw. A l’intérieur, Gibbs prend une gorgée dans son gobelet blanc. En se rasseyant dans sa chaise, il ne donne aucun signe qu’il veuille ralentir sa consommation de drank, malgré ses protestations qu’il soit immunisé au buzz. Loin d’espérer que les entreprises arrêtent de répandre le sirop dans les communautés pauvres, il dit qu’elles devraient reconnaitre le rôle que lui-même et d’autres ont joué dans le hip hop pour leurs produits. Elles devraient lâcher un chèque ou dénoncer deux ou trois affaires. » Dit-il, riant à travers la fumée de son Black and Mild. « On gardera ça confidentiel. »

Todd Spoth pour Bloomberg Businessweek