Pierre Besse , un homme engagé pour la permaculture.

Pierre Besse nous a présenté l’évolution des modèles agricoles lors d’une intervention suivie d’échanges avec le public le 8 juillet 2017 dernier, lors de l’évènement organisé par le 100e singe.

Pierre Besse s’est installé comme maraîcher en agriculture biologique depuis une vingtaine d’années. Il s’est inspiré de la culture « naturelle » de Fukuoka Manasobu. Il dispose de 4000m2 de terrain pour y instaurer des micro-fermes et y développer des multi-cultures économiquement viables en permaculture.

Il déplore la disparition du modèle de polyculture des fermes familiales qui existaient jusqu’à la fin du siècle dernier et qui offraient des cultures diversifiées entre le potager, les arbres fruitiers, la culture céréalière ainsi que l’élevage sur 1 à 2 hectares.

 Ce modèle a en effet peu à peu disparu durant la 2ème moitié du XXème siècle et a été remplacé par le modèle dit « conventionnel ». Après la Révolution verte, on a assisté à la dépossession de la connaissance pour n’être réservé qu’aux chercheurs, gestionnaires d’espaces verts et vendeurs de pesticides en inféodant le cultivateur. La production s’est concentrée pour ne servir qu’1 à 2 clients universels. La taille des fermes est devenue colossale. Cette agriculture est délétère pour l’environnement et a détruit un modèle de société portant en germe la captation de la production de notre alimentation et la main mise sur les biens fonciers.

C’est ce constat qui a amené P. Besse à la permaculture. Jeune ingénieur diplômé, c’est suite à la rencontre avec Emilia Hazelhip et Marc Bonfils qu’il est initié à l’agriculture naturelle selon Fukuoka Masanobu et à la permaculture.

Alors que Rudolf Steiner a contribué à une vision respectueuse de l’environnement en Europe à partir des années 20 et a défini les fondements de la biodynamie, Fukuoka a pratiqué une agriculture dite « naturelle » dans les années 80 au Japon sans travail permanent du sol.

Le développement d’une agriculture biologique garantit une innocuité environnementale malheureusement sans garantie puisqu’on assiste à une industrialisation du bio en grande surface.

Un courant porteur regroupe des maraîchers et des céréaliers où chacun s’affranchit du travail du sol pour une restructuration de sa composition.

La permaculture trouve son origine dans les années 70 en Australie grâce aux aborigènes respectant leur environnement. L’objectif est de statisfaire les besoins de base sans altérer les ressources naturelles. Elle s’articule autour de 3 principes :

  • Prendre soin de la terre
  • Prendre soin des autres
  • Partager les ressources équitablement (eau, semences, récoltes et accès au marché)

En même temps qu’elle définit un système social, la permaculture possède une dimension technique.

Elle représente aujourd’hui 1% des surfaces agricoles céréalières avec de meilleurs rendements et moins de charge de travail par une valorisation du potentiel spontané des sols par la vie microbienne et la présence des plantes. La végétation est vivante.

Cette agriculture représente un défit pour les céréaliers de l’agriculture conventionnelle formés à l’utilisation de désherbants. Elle s’oppose au productivisme et au travail du sol.

En Amérique du sud, dans des pays tels que le Chili, l’Argentine ou le Brésil, la permaculture révolutionne la notion de travail car elle offre un coût de production nettement plus faible. Au lieu de dégrader les sols, on les restaure. La restauration de la santé des sols s’évalue sur une unité de saison soit une génération.

Ainsi, face au dérèglement climatique, la permaculture peut être une réponse économiquement et socialement intégrée.

Synthèse des propos recueillis durant l’évènement du 8 juillet 2017 organisé par le collectif du 100e Singe.